Les découvertes de Sinekõ

Winking
Nyóla


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Il y a 2 ans | Le 22 Apr 2020 10:35:09

Introduction :

                                               

Votre petit côté curieux vous pousse à vous rapprocher d’un drôle de livre à la beauté naturelle qui semble être sous l'emprise d'une sorte de magie. Soudainement, à votre plus grand étonnement, il se met en en mouvement, vous offrant les écrits de Sinekõ….

                                     

Winking
Nyóla


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Il y a 2 ans | Le 22 Apr 2020 10:44:18

Chapitre 1 : Un nouveau chemin verdoyant

Ces derniers temps, l'agitation au Quai des Exécutions n'était pas au beau fixe. Il n'y avait plus la même énergie, quelque chose avait un goût d’étrange et notre complicité prenait l'eau. Plus de chasse au trésor ni même de chants de marins, pas plus de beuveries nocturnes qui nous réunissaient autrefois après les journées harassantes de traque et de chasse. Tous avaient disparu. Pour parachever nos discordances, nous avions essuyé beaucoup de changements de cap de certains confrères de route qui par appel sur d’autres contrées, d’herbe plus verte ou par des flottes plus émérites, avaient vidé les lieux en nous abandonnant, lâchement, à notre sort.
 
Quelque chose ne tournait plus rond et pour le coup, cet instinct n’était pas mis en défaut par ma clairvoyance et ma sagesse, je le constatais de jour en jour, impuissant. J’essayais de prendre sur moi et de faire bonne figure, mais cela me préoccupait réellement. Il faut dire que depuis peu, j’étais devenu le meneur de cette cohorte, certes un peu malgré moi, mais enfin, on ne m’avait pas mis le couteau sous la gorge non plus pour que j’accepte ce rôle. Ce petit manège à l’ambiance pesante avait assez duré, je n’allais tout de même pas mettre ma santé, mon moral et mon or en jeu pour ça. Il fallait un bouleversement, un grand coup de pied dans cette fourmilière malade et il était venu le jour des décisions...
 
Je me réveillais tout juste après une courte nuit de sommeil perturbée par des suées nocturnes et une sensation de haute température. Physiquement, je n’étais pas préparé au combat. Sentimentalement parlant, c'était  encore plus épouvantable, une sorte de gros capharnaüm entre obligations, attache, excitation, inconnue et peur, qui se ressentait dans un mal de ventre comme jamais je n’avais eu auparavant. Il y a des jours avec et des jours sans, les jours sans, faut faire avec, dit-on ! Je savais pertinemment que ce serait probablement le plus horrible jour de mon existence, un jour sans, sans précédent.
 
Mais il était temps de faire preuve de bravoure et prendre les décisions qu’il s’imposent, de réunir les Écumeurs et de leurs annoncer l’éclatement. Ce qui, en théorie, semblait simple, devenait, en pratique, bien plus timoré, voire carrément utopique. J’avais simplement eu le courage de me lever pour mettre un tour de clé à ma porte de chambre puis je m’étais assis, prostré au sol, dans un coin, à fixer l'entrée de la chambre, inlassablement, seulement éclairé par la faible lueur d'une bougie allumée à la hâte. Le temps était à une dernière réflexion prudente… Quelles seraient leurs réactions ? Serait-ce également une délivrance pour eux ? Et, qu’en penserait SomeBody, mon ami, à l’origine des Écumeurs ?... 
 
À chaque minute consumée, je ramassais de mieux en mieux et en pleine tronche, la mesure de ce vieil adage dont l'onde de choc atteignait doucement, mais sûrement mon petit cœur déjà ébranlé par quelques conquêtes hasardeuses et un passé complexe. Ce qui étouffait ma cavité viscérale et me touchait au plus profond était sans aucun doute l’échec, de ma mission, de mon devoir. Le poids de la honte s'en découlant faisait gentiment basculer mon regard vers le sol et mes yeux humides laissaient s'échapper des larmes qui perlaient le long de mes joues, avant que je fonde en sanglots. À l’instant T, dans le genre mal embarqué pour "faire avec", j’atteignais son paroxysme.
 
Parfois, il faut accepter l’orage pour ensuite profiter du soleil, je le savais inéluctablement et j’essayais tant bien que mal de calmer cette frénésie de sentiments débordants. En me frottant les yeux à l’aide de ma manche, je cherchais un brin de réconfort et je me remémorais la quintessence de ma vie au Quai, les rencontres, les combats, les festins, les soirées d’abus, de tendresses, de partage, d’entraide… Il y avait tant de moments inoubliables, il fallait dire que j’avaisvécu une belle et grande partie de ma vie ici et rien ne changerait mon amour pour ces belles années, pour ce lieu même si le temps et l’oubli l’estomperont, peut-être. 
 
Il fallait absolument que je me ressaisisse. Après tout, ma décision était prise et mûrement réfléchie depuis plusieurs semaines. Le regain de ces quelques souvenirs me donnait une pointe de courage, de quoi me relever. Puis, d’un pas déterminé et tout en essuyant mes dernières larmichettes, je descendais les marches tant de fois dévalées par le passé. Cette fois, je ne pouvais plus m’enfuir devant mes responsabilités. Pour eux, il était l’heure du premier repas de la journée, l’heure de prendre des forces avant les activités quotidiennes, mais pour moi, il était temps de chambouler la routine. L’heure de mon annonce.
 
J’ouvrais l’imposante porte en bois d’ent qui menait à la salle des fêtes, ce lieu de vie commun et si cher à mes yeux. À mon étonnement, ce matin, j’étais le dernier. Ma crise avait dû durer plus longtemps qu’il n’y paraissait, mais qu’importe. Ils étaient tous réunis, autant qu’ils soient et l’absence de bruit qui se dégageait de la pièce me donnait l’impression d’être seul. Le moment pour mon annonce s’y prêtait bien, ce devait incontestablement être la seule note positive de la journée. Quelques pas encore pour pénétrer au plein centre de la pièce tout en regardant mes camarades dont la majorité n’avaient même pas décollé le nez de leur gamelle. Mes deux pieds s’ancrèrent dans le bois alors que mes mains s’entrechoquèrent, un bruit qui recueillit pleinement leur attention. J’inspirais un grand coup avant de m’exprimer d’une voix gutturale :
    
- Libre comme le vent, je mets les voiles et je vais réunir mes affaires aujourd’hui.

Tel un politicien, les mots étaient parfaitement choisis. Un registre familier pour faire passer la pilule alors que la messe était dite. Claire, nette et précise, ne laissant pas de place aux interrogations. Il fallait que j’enchaîne rapidement avant que mon once de courage ne me déserte.

- Ma place est sur la terre ferme, vous le savez comme moi, je suis différent de vous, je n’ai jamais navigué, je ne suis pas un pirate dans l’âme et même si je n’ai jamais rien fait comme vous, j'adorais l'esprit de communion, de fratrie et c'est ce qui me retenait ici depuis toutes ces années. Aujourd’hui rien n’est plus pareil. La tristesse est immense, mais, malheureusement, je ne crois plus aux Écumeurs. Mon temps, votre temps est révolu… En êtes-vous conscients !? 

L’amertume était palpable, mais avec ce dernier questionnement, j’attendais leurs avis avec impatience…

Itxara
Nyóla


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Il y a 2 ans | Le 22 Apr 2020 11:14:20
Le choc avait été tel que je m’étais levée, lui jetant un regard noir, et j’avais tourné les talons. Comment pouvait-il se permettre de faire ainsi une annonce, sans nous avoir consulté, ou ne serait-ce que sans avoir discuté avec nous ! Je serrais les poings, sentant mes ongles se planter dans mes paumes.  Les écumeurs avaient toujours été tout pour moi. Le jardin des mers, dans un premier temps, avec Héraclès, puis les écumeurs dès que j’eu assez de puissance pour les suivre. Je faisais les cent pas. Ma réaction en avait surpris plus d’un, mais il fallait que je m’éclipse rapidement, avant d’être désagréable avec ceux qui n’étaient pour rien dans ce choix absurde. Il fallait que je réfléchisse.  

[…]  

La journée avait été compliquée. La nuit bien pire. Winking avait lâché sa petite bombe et s’était lâchement enfui, me laissant les rênes de cette petite troupe d’individualités, comme je l’appris plus tard. J’avais toujours été dans l’analyse plutôt que dans l’action immédiate. Et là, il m’obligeait à agir. Il m’avait mise au pied du mur sans même un petit avertissement. Je sentais la colère monter en moi à chaque minute qui passait. L’impression d’avoir été abandonnée, dans un premier temps. Et de devoir gérer seule une situation que je ne souhaitais pas.  J’avais passé des heures à essayer de trouver des solutions. Plusieurs pirates avaient déjà fui le navire à l’annonce de Winking. J’avais conversé avec les autres, mais recevant bien peu de réponse. Il avait raison. Notre groupe était devenu attentiste. Inanimé. Mort. Chacun agissait dans son coin, l’esprit d’équipe n’était plus, l’entraide n’appartenait plus au dictionnaire de ces flibustiers. Et ma colère ne m’aidait pas à faire la part des choses.

La nuit s’était écoulée lentement. J’étais restée dehors, à essayer de trouver un apaisement et, qui sait, une issue à cette situation, mais je n’avais obtenu qu’un silence de plomb et un magnifique clair de lune. J’avais fini par m’allonger sur le Quai, mes pieds effleurant l’eau fraiche. Le sommeil m’avait emporté, mais je n’aurais su dire si c’était pour trois minutes ou six heures. Les souvenirs m’étaient revenu. Winking avait toujours été à mes côtés. C’était un conseiller des plus avisés et des plus fidèles. Je ne pouvais pas tout oublier pour une décision qui avait dû tant le travailler. C’était à moi de me montrer compréhensive, comme il l’avait été envers moi quand je lui avais annoncé mille nouvelles toutes aussi choquantes. Il avait toujours été là. Et je voulais qu’il le soit encore.  Il faudrait que j’assume cette décision, mais maintenant qu’elle était prise, il fallait aller de l’avant. Un pas après l’autre. Première étape, le retrouver. Deuxième étape, le convaincre. L’une comme l’autre étaient de vraies énigmes pour moi. Je ne savais par où commencer. Il pouvait être n’importe où . Sa passion pour les grands espaces était ma plus grande difficulté. Il préférait les grandes plaines aux mers agitées. Etrange pour un pirate. Par défaut, je visitais chaque point d’eau que je connaissais. Je le savais adepte des cascades au panorama exceptionnel. Et celle qui avait l’approbation de tous, c’était surement celle de Kedok, où il y a encore peu venait se prélasser un oiseau aux couleurs chatoyantes.

Il était là, à admirer le paysage. Les yeux perdus dans le vague. Mais maintenant qu’il était face à moi, je sentais la colère monter de nouveau. Il fallait que je me domine et que j’aille au-delà. Une nouvelle fois, un pas après l’autre pour m’approcher de lui. Il ne m’avait toujours pas entendu. Et c’est d’une petite voix, où la supplication dépassait la colère, que je lui dis : 

- Ne m’abandonne pas.

Winking
Nyóla


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Il y a 2 ans | Le 22 Apr 2020 11:22:46
Avachis contre un arbre, je contemplais la somptueuse chute d'eau en me préoccupant de rien, le vide total, pas une seule pensée ne me traversait l'esprit. J'enchaînais entre grosses prises d'air pur et énormes soupirs de contentement... Quel bonheur. Depuis mon départ en queue de poisson, j'étais seul, livré à moi-même en pleine nature, mais j'étais enfin prospère. Ce retour aux sources, dans mon environnement de prédilection faisait bouillonner le fond de mon petit cœur et me procurait le plus grand bien après l'agitation de ces derniers jours.

Cette cascade, je la connaissais intégralement. Pourtant, j'étais devant comme est un enfant devant une sucrerie, le regard admiratif, ébahi par l’élégance de mère nature. C'était une beauté parmi moultes autres, mais, celle-là, elle avait une petite chose de spéciale, je ne saurais l'expliquer. Je retrouvais la terre ferme et sa nature luxuriante, ses divers environnements, tous plus étonnants et intéressants les uns que les autres. Nul doute, c'était incontestablement ma raison d'être et ce qui m'animait.

Soudainement, dans mon état de grâce, une petite voix, frêle mais familière était venue fondre le tonitruant bruit sempiternel des trombes d'eau se fracassant sur le minerai en contrebas. C'était Itxara, je le savais à son timbre, sans même me retourner. Immédiatement, un large sourire se dessinait sur mon visage. Elle me connaissait parfaitement et avait su où serait mon refuge, mais, surtout, elle avait pris la peine d'y venir me rejoindre. Je voyais en son geste, la confirmation d'une véritable amitié sincère.

- Itxara, ta venue me flatte, j'espère simplement que tu n'es pas venue avec la ferme intention de me faire réintégrer le Quai. Ma décision est prise et intransigible. Tu sais, elle n'était pas facile à prendre et m'a fait cauchemarder de nombreuses lunes. Je n'avais aucune envie de t'abandonner, de vous abandonner, mais le cœur n'y était plus...
 

Itxara
Nyóla


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Il y a 2 ans | Le 22 Apr 2020 14:44:35
Le coeur n'y était plus. C'était une phrase que je comprenais, mais qui était également empreinte d'un profond égoïsme. Mais si j'étais venue jusque là, ce n'était pas pour faire son procès. J'inspirais profondément et m'asseyais à ses côtés. J'avais toujours été à sa droite, et ce n'est pas un changement de route qui me ferais dévier. Je n'avais jamais eu de cap, uniquement des jalons. Et il était mon principal repère. Je posais mes fesses dans l'herbe humide, repliant les jambes contre moi, les entourant de mes bras. Je posais ma tête contre mes genoux et soufflais doucement. Je fermais les yeux et souriais un peu distraitement, pensive. 

Je sentais l'air gorgé de minuscules gouttes de la cascade me caresser le visage. Un long silence s'installa. Je savais qu'il ne le briserait pas, et je voulais profiter encore quelques minutes de cet instant. Un frisson me parcourut lorsque l'humidité commença à m'envahir totalement, mais je refusais obstinément de faire le moindre geste. Je rouvris doucement les yeux, et la clarté du jour m'aveugla quelques secondes. La lumière scintillait sur l'eau, m'éblouissant brusquement. Je plissais les paupières pour m'accoutumer tranquillement à ce changement. 

Je détournais mon regard de ce paysage pour le poser sur lui. Il avait l'air détendu, heureux. Et c'était peut-être la seule chose qui importait, tout compte fait. Je ne voyais plus la tension fermer son visage. Je ne voyais plus ses yeux s'assombrir par mille problèmes insolubles. Je ne voyais plus ses épaules s'affaisser sous le poids de la responsabilité. Tout cela s'était envolé en une décision. Il était lumineux, à en faire ombrage à la cascade.

-Winking, tu as fait ton choix. Et si je suis ici aujourd'hui, ce n'est pas pour te faire changer d'avis, mais pour le comprendre. Et je crois que je n'ai plus besoin de tes explications, finalement.

Je laissais de nouveau le silence s'installer. Je savais que même si je ne voulais pas connaitre ses raisons, il me parlerait. Non pour se justifier, mais pour partager. Lorsqu'il appréciait quelque chose, il aimait le partager. Et, au vu de son sourire, il goûtait pleinement à cet instant.

Winking
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Il y a 2 ans | Le 22 Apr 2020 14:53:10

- Regarde ce paysage immaculé, comme c’est beau ! C'est une vie à la découverte de ce genre de lieu fantastique que je veux mener. Je veux bouger et découvrir ces terres dans les moindres détails, vivre et dormir où bon me semble dans la nature, me prélasser près d’une cascade, gravir les montagnes offrant des points de vue indescriptibles, tomber sur de féroces créatures que je trépasserai de ma magie noire, partir à la recherche de ruines, de mines abandonnées ou de trésors perdus… Et bien d’autre chose encore, que sais-je !

En face de moi, les yeux dans les yeux, je pouvais voir son regard changer, l’étincelle était probablement en train de naître en elle…

Itxara
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Il y a 2 ans | Le 22 Apr 2020 15:12:27
La petite étincelle qu'il avait su éveiller chez moi s'était transformée en un mélange d'excitation et de joie. Elle m'avait rendu quelque peu espiègle. J'espérais qu'il serait prêt à accepter ces nouvelles taquineries de ma part. Je l'observais pour juger de sa réaction. Il ne semblait pas l'avoir mal pris. 

- Je suis partie précipitamment, tu m'autorises un petit saut au Quai pour regrouper les affaires auxquelles je tiens?

Il m'aida à me relever, et nous étions déjà sur le chemin. Commançant notre vagabondage par une destination que nous connaissions parfaitement. Etrange ironie qui nous poussait à redémarrer à notre point d'origine. Comme un retour aux sources pour essayer un nouveau chemin. Tenter, une nouvelle fois. Et se laisser envahir par l'aventure, cette fois. Abandonner les chemins tracés, les routes prédéfinies, pour suivre notre simple envie, pour profiter de chaque pas. Plus d'impératif. Plus de pression. Juste aller là où nous portent nos pieds.

Nous étions arrivé au Quai. J'y avais énormément de bons souvenirs, mais je ne voulais pas raviver la plaie que Winking avait su si facilement ouvrir, et tout aussi facilement cautérisé. Je grimpais rapidement dans mon antre. Tout était vide maintenant. Les anciens écumeurs avaient déserté un à un. Finalement, nous avions tous tenu notre rang de pirate, facilement opportuniste. J'empaquetais vite fait les quelques souvenirs qui me tenaient à coeur. Quelques babioles insignifiantes, et tous les présents de mon tendre donateur.

J'avais le coeur lourd lorsque je dévalais les marches un peu brusquement. Je voulais fuir le plus loin possible, maintenant. Partir, un pas après l'autre. Loin de cette ancre devenue pesante. Je cherchais Winking du regard. Il ne devait pas être loin, je ne m'étais absentée que quelques minutes.

J'avais rejoint la terre ferme depuis quelques instants lorsque je me retournais, m'attendant à le voir me suivre. Mais personne derrière moi. Juste une grande flamme qui s'élevait du bâtiment en pierre. Le bois sec des meunuiseries s'était embrasé sans un bruit. Un simple murmure, un léger grésillement. Et la silhouette sombre de mon accolyte venant vers moi qui projettait une ombre immense sur la forêt, semblant prendre possession de son nouveau territoire.

Il s'approcha, un sourire étrange aux lèvres. Tristesse ? Remord ? Ou une pleine satisfaction? Difficile à dire. La lanterne qui nous avait guidé sur tout le chemin avait quitté sa main et s'était échouée aux abords du quai. Et je n'arrivais pas à déterminer s'il s'agissait d'un accident, ou bien de sa volonté de faire table rase du passé. La seule chose que je savais, c'est que nous devions maintenant nous enfoncer dans la forêt en pleine obscurité. Du moins, dans quelques heures. La lumière de cet immense brasier guiderait nos premiers pas.



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Il y a 6 mois | Le 23 Nov 2021 23:09:27
L’antre des lucioles était un lieu de vie privilégié. Il nous apportait protection, point d’observation, confort, générosité. Nous y passions la majeure partie de notre temps. Winking avait été des plus actifs dans le recrutement, et bientôt, nous formâmes une véritable petite troupe. Dans une parfaite entente, nous partagions nos espoirs, nos désaccords, notre avenir. Il était serein. Chacun apportait ce petit plus qui nous faisait grandir. Nous avancions ensemble, dans un respect mutuel.

Plusieurs lunes étaient passées, toujours avec la même ferveur dans les rangs. Quelques aventuriers nous avaient quitté, d’autres nous avaient rejoint, intrigué par ce mode de vie un peu nomade, un peu bohème. Nous profitions de chaque instant, partageant notre quotidien. Nous affrontions les contraintes ensemble, et tout le monde participait à la création de ce havre.

Mais comme tout, les temps de liesse ont une fin. Peu à peu, la communication se fit moins fournie, puis plus rare. Nous partagions toujours, mais très peu en commun. Nous apportions à l’autre avant d’apporter au groupe. L’individu semblait prendre le pas sur le groupe.

Les décisions ne furent plus unanimes, ou tout au moins discutées. L’arbre avait des racines profondes, mais chaque branche s’éloignait un peu plus des autres, grandissant lentement, mais inexorablement.

Il était inutile de lutter contre un état de fait, et même si cela devait me briser le cœur, il fallait prendre une décision radicale pour le bien de chacun. Nous avions tous déjà pris notre propre voie, avec plus ou moins de certitudes, avec plus ou moins d’élan. C’était maintenant à moi de faire de même.

J'avais détruit le Quai des Exécutions. Je savais maintenant ce qu’il me restait à faire. Une nouvelle flambée, provoquée par une petite étincelle, et nous pourrions chacun faire table rase du passé. Ouvrir une nouvelle page de notre histoire. Le bois était vert, la fumée serait dense et se verrait à de lieues à la ronde. Elle piquerait surement quelques yeux aussi.

Ils me manqueront tous, surtout Blash, le meilleur magicien des terres d'argent, dont la puissance rivalilsait avec le charme, et La Chevaleresse Inexistante, et son talent artistique inégalable.

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